Amoureux à la Cité... le récit de Hadrien

Feb 14, 2020

Le samedi 21 mars 2020, j’atteindrai l’âge de 31 ans.

 Le samedi 21 mars 2015, pour fêter mon 26ème anniversaire, j’organisais un barbecue sur la pelouse de la Cité internationale universitaire de Paris.

Le 21 mars est cette date qui est généralement considérée, dans notre civilisation occidentale, comme le premier jour du printemps. Il symbolise le renouveau de la vie et de la terre, après l’hiver. Il incarne également la renaissance de la vie. Mais dans l’esprit de beaucoup, il incarne avant tout le début de la saison des amours… Alors, mythe ou réalité ?

 Le 21 mars 2015, c’était une splendide première journée de printemps qui s’offrait tout entière à Paris. Les rayons du soleil se reflétaient délicieusement dans l'étang du parc Montsouris et faisaient briller la terre battue des terrains de tennis de la Cité-U.

 A l’occasion de mon anniversaire, les responsables de la Cité m’avaient permis d’organiser un barbecue sur la pelouse longeant le terrain de pétanque, face au Collège franco-britannique et au Collège d’Espagne.

Parmi les personnes que j'avais conviées à cet événement, figurait une jeune étudiante de dix-neuf ans, grande, élancée, le regard pétillant. 

Depuis quelque temps, j'avais remarqué qu'elle arborait lors de nos rencontres un sourire irréfrénable. Le genre de sourire que vous n'arrivez pas à contenir et qui peut même aller jusqu’à vous faire « mal aux joues ».

Elle était luxembourgeoise. J’étais (et je suis heureusement resté) belge. Nous étions tous deux résidents de la Fondation Biermans Lapôtre, la maison des étudiants … belges et luxembourgeois. Ça ne s’invente pas.

Nous nous étions rencontrés quelques semaines auparavant dans la bibliothèque de la « FBL », l’acronyme utilisé par tous pour qualifier notre maison.

Il devait être 22h, elle travaillait ardûment pour ses examens de 2ème licence de droit. Je passais alors devant la bibliothèque lorsque j’aperçus un ami par la fenêtre. Je me rendais pour ma part au fameux « bar du jeudi », situé en sous-sol de la maison, comme tous les jeudis, un verre de bière en plastique à l’effigie de la FBL à la main (ce verre en plastique est d’ailleurs celui qui orne encore aujourd’hui ma table de nuit, son contenant étant cependant désormais plutôt réservé à l’eau).

Il faut bien admettre que mes activités lors de mon séjour à la Cité universitaire, si elles étaient très fournies culturellement et socialement, l’étaient beaucoup moins sur le plan de l’étude studieuse de mes cours de master approfondi en droit du patrimoine culturel.

C’est ainsi que je lui parlai pour la première fois, quelques instants seulement, avant de la laisser se replonger dans ses syllabus de droit civil et de me replonger moi-même dans mes bières. Je remarquai immédiatement son sourire, qui me semblait à la fois timide et admiratif à mon égard. Je n’y portai cependant pas plus d’attention que cela.

Mais cela ne devait pas tarder à changer.

Etant très flâneur au sein de cette maison que j’affectionnais tant, je la croisai plusieurs fois après notre première rencontre et, malgré la différence d’âge, liai avec elles quelques liens de sympathie.

Il était donc tout naturel que, parmi plusieurs dizaines d’autres personnes avec qui je m’étais vaguement lié d’amitié, je l’invitai à venir passer à mes côtés cette première journée de printemps, et accessoirement mon anniversaire (ou plutôt l’inverse).

Après une journée et une première partie de soirée très agréables, avec un petit groupe de huit personnes, garçons et filles, nous partîmes continuer faire la fête dans un club logé au sein d’une énorme péniche flottante posée sur la Seine, dont je tairai le nom mais que tous les afficionados de musique électronique de l’époque reconnaîtront sans difficulté.

Et c’est à ce moment incongru que cela devait arriver.

Ce fut au son de la techno minimaliste, passablement énivré, mais dans un état de joie festif et probablement communicatif. Ce fut incidemment, par l’occasion de nos deux corps s’agitant frénétiquement à proximité, qu’un désir irréfléchi montât en moi.

Eh oui ! A mon grand dépit, je me dois de reconnaître que le premier baiser, élément déclencheur de tout ce qui allait s’ensuivre, s’est tristement déroulé au-delà des remparts, faits de petits grillages et de haies, de la Cité internationale universitaire.

Et c’est à partir de cette nuit enjouée, du 21 au 22 mars 2015, que l’histoire débutât.

Nous allions pouvoir commencer à arpenter ensemble, un volcan dans l’âme, les longues allées arborées du parc de la Cité.

De la maison du Brésil jusqu’au Collège néerlandais, nous allions pouvoir sentir nos sourires se former de plus en plus fréquemment sur nos visages, à la lueur du regard de l’autre.

Nous partageâmes ainsi de nombreux repas arrosés dans l’adorable espace commun du dernier étage de la Maison suédoise.

Nous dansâmes enlacés à la Maison du Cambodge.

Nous prîmes le petit-déjeuner ensemble à la Maison Henrich Heine, la maison des étudiants allemands.

Nous participâmes à des beer pong endiablés lors de soirées à la Fondation des Etats-Unis.

Nous eûmes de sérieuses conversations en soirée estivale sur le perron du Collège d’Espagne.

Nous regardâmes plusieurs films côte à côte, voire tête contre tête, lors de la séance du dimanche soir organisée dans la salle cinéma de la FBL – quand je vous disais qu’elle était simplement parfaite, cette maison. Inoubliablement, le premier film que nous regardâmes ensemble, le dimanche 22 mars 2015, fût d’ailleurs « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ».

Nous visitâmes main dans la main l’Oblique, le centre de valorisation du patrimoine de la Cité internationale, situé au rez-de-chaussée de la Fondation Avicenne, l’ancienne maison des étudiants iraniens de la Cité, qui fut abandonnée par l’Iran dans le contexte de la révolution islamique de 1979.

La mosaïque des cultures, des architectures et des atmosphères des différentes maisons de la Cité internationale était tout aussi riche et diversifiée que la teneur, l’ardeur et la chaleur de nos sentiments amoureux, grandissant beaucoup plus rapidement que je ne l’avais alors imaginé.

Nous assistâmes ensemble à une représentation d’art dramatique au Théâtre de la Cité.

Nous nous étonnâmes en contemplant les amusantes colonnes grecques de la Fondation Hellénique.  

Nous nous berçâmes des sonorités qui résonnèrent aux quatre coins du parc lors de la Fête annuelle de la Cité.

Nous goutâmes aux joies et à la gaieté des couleurs lors de la fête de la Maison de l’Inde.

Nous passâmes des centaines de fois devant l’intrigante architecture de la Maison du Mexique, alors mystérieusement inoccupée.

Nous assistâmes doucettement à la lente érection de la Maison de l’Île-de-France.

Nous flânâmes délicieusement autour du charmant petit jardin traditionnel aux pieds de la Maison du Japon.

Nous fîmes trinquer nos bouteilles en verre remplies de bière sur la terrasse privée de la Fondation danoise.

De la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est à la Maison André de Gouveia (maison du Portugal), nous redessinâmes ensemble, mais à notre échelle, la carte du tendre.

Et enfin, mais peut-être surtout, nous nous prélassâmes tant de fois, corps à corps, sur la grande pelouse arrière de la magnifique Maison internationale.

Nous nous embrassâmes passionnément dans les ascenseurs de la « MINA », la Maison Internationale AgroParisTech.

Et nous fîmes même bien pire… entre les buissons de la plus envoûtante et de la plus ancienne Maison de la Cité universitaire, la Fondation émile Deutsch de la Meurthe.

Tous les ingrédients du parfait cliché semblent décidemment réunis dans cette histoire.

Et pourtant, il ne s’agit pas d’un abracadabrantesque conte d’amour à dormir debout, mais bien d’un véridique vécu à vivre, parfois couché d’ailleurs.

Une demi-décennie est désormais passée depuis ces fabuleux épisodes, éparpillés au sein des trente-quatre hectares de cette Cité de tous les possibles, bordant discrètement le sud de Paris.

Si fabuleux qu’il ne sera pas excessif d’affirmer que mon séjour dans ce quadrilatère enchanteur, imbriqué entre le Boulevard Jourdan, l’Avenue Pierre de Coubertin, la Rue Emile Faguet et le Boulevard Périphérique, compte incontestablement parmi les plus belles périodes de ma vie.

Et, au-delà de tout, je ne remercierai jamais assez cette si chère fondation universitaire pour m’avoir, en sus de tout le bonheur qu’elle m’a procuré, offert l’amour d’une reine, qui est depuis lors demeurée précieusement indétrônable.

 

Le samedi 21 mars 2020, cela fera désormais cinq ans que je partage une grande partie de ma vie avec cette merveilleuse jeune femme.

 Le samedi 21 mars 2015, une étonnante histoire d’amour fleurissait, sur les pelouses de la Cité internationale universitaire de Paris.


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