Amoureux à la Cité... le récit de Véronique

Feb 14, 2020

Je suis arrivée, sans vraiment savoir où je débarquais, à la CIUP en 1977. J’avais été reçue à Sciences Pô Paris et, étant désargentée, notre opticienne nous avait parlé de la cité internationale. J’avais écrit une lettre et avais été acceptée à la Maison des industries agricoles et alimentaires, une des rares maisons françaises et, j’allais vite comprendre pourquoi, peu demandée. Mais ceci est une autre histoire…

Un des moments que je guettais était le matin l’arrivée du courrier dans la loge du portier. Avec une belle régularité, je recevais des lettres spécial avion enveloppe avec un liseré rouge et bleu foncé et papier bleu ciel très léger, timbres de l’URSS et écriture fine et serrée à l’encre bleu foncé. Lettres de Jim, mon amoureux, dont je ne parlais à personne. Il m’y racontait en détails sa vie et ses amours ! Et oui, c’est comme cela qu’on apprend parfaitement une langue !!!!. Bien sûr, je témoignais d’un esprit très ouvert (68 était passé par là), campant sur mes grands principes de liberté et n’ayant rien directement sous les yeux. Parfois, je lui expédiais des colis, il me demandait des journaux, mais mon manque d’argent me rendait ceci difficile. Le seul qu’il n’a jamais reçu est celui où il y avait une couverture de magazine sur le scandale créé par le film l’Empire des sens.

En 1979, Jim que j’avais rencontré à Reading en Angleterre en décembre 1976, est venu s’installer à la Cité. En tant que Luxembourgeois, il a eu automatiquement une place à la Fondation belgo-luxembourgeoise, chambre de première année donnant sur le très bruyant Boulevard Jourdan.

C’était, quant à moi, ma deuxième année à la Fondation Biermans-Lapôtre  Comme j’avais pris de l’ancienneté, j’ai obtenu une grande chambre au premier étage, celui des filles, avec vue sur le parc, ou plutôt sur la maison britannique et une fenêtre an demi-cercle.                    

La direction de la Fondation a mis à la disposition des étudiants peinture beige et papier peint imitant le liège pour raviver les lieux qui en avaient bien besoin. Des copains m’ont donc aidée à refaire ma chambre qui est devenue très agréable, très lumineuse. Mon petit lit de 90 cm était souvent partagé par Jim qui lui avait une petite chambre sur le boulevard. Nous tachions d’être discrets car nous ne savions pas ce qui était toléré.

La Fondation avait à l’époque un intendant pale, maigre, long et raide comme Jacques Tatie, mais sans l’humour ou du moins pas consciemment. Nous ne le voyions que le dimanche matin où, toujours dans son impeccable costume/cravate, il lavait sa voiture à grande eau devant la Fondation.

Un jour, l’intendant me convoque et dit vouloir me parler d’une affaire « délicate ». Ca y est, mes mœurs dévergondées vont être fustigées ! Mais non, embarrassé, il me demande s’il peut faire installer un grand lit dans ma chambre comme celle-ci était destinée dans le futur à recevoir des couples. Avec diplomatie j’accepte ce sacrifice !!!et Jim et moi avons bien profité du lit double !

L’année d’après, nous avons osé faire une demande officielle de chambre double et nous avons obtenu une chambre de coin à deux lits. Décision très progressiste pour l’époque avons-nous pensé.

Bien sûr, il y avait d’autres histoires d’amours à la Cité : par exemple ce réfugié chilien, grand, à lunette d’intellectuel, plus âgé que moi qui se vantait d’enregistrer sur cassette audio ses, selon lui, nombreux, ébats et qu’il faisait ensuite écouter à des copains. Ceci me procurait un malaise certain.

Et puis les affaires de cœur (pour elles), de cul (pour lui) de Mehdi, un ami marocain avec qui je travaillais souvent comme il étudiait à Sciences po avec moi. C’était un beau gosse à la barbe et aux yeux sombres, au port altier, un vrai séducteur, qui offrait élégamment du thé à la menthe dans sa chambre.  Il avait une telle réputation que, quand il venait réviser chez moi en tout bien tout honneur, il s’assurait que le femme de ménage l’avait bien vu entrer dans ma chambre le matin, quitte à faire les cent pas dans le couloir pour bien être repéré. Avec ça, super danseur de rock et après nos travaux, nous descendions au bar tenu par les étudiants en sous-sol de la Fondation pour se défouler en dansant. Ses copines venaient régulièrement pleurer et demander conseil chez moi. Je ne pouvais vraiment rien leur dire…

            Véronique et Jim 40 ans après !


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