Amoureux à la Cité... le récit de Nathalie

Feb 14, 2020

Un soir d’août à la Cité U, ou comment j’ai été prise au dépourvu dans un hall d’entrée…

 

Afin de raconter mon histoire, je dois remonter quelques années dans le temps, et plus précisément, jusqu’à un certain cinq août de l’année 2011. Ce devait être un vendredi. Ce n’est pas une histoire spectaculaire, c’est juste une histoire vraie, celle du jour où j’ai rencontré mon âme sœur.

Nous sommes donc en août, et je suis de passage pour quelques jours à la maison du Liban, à la Cité Internationale Universitaire de Paris. Je séjourne chez mon amie d’enfance. Ma première visite de Paris, l’euphorie de l’exploration.

Ce soir-là, je rentre à la maison, la tête pleine de mes découvertes parisiennes, l’esprit vagabondant vers les cinq heures que je viens de passer à arpenter le musée d’Orsay, jusqu’à ce que le signal de fermeture ne m’oblige à m’en aller. Une silhouette est assise dans la pénombre du hall d’entrée. Au début je n’y prête pas attention, mais elle bouge et parle d’une voix grave en s’adressant à mon amie.

«  Merci, princesse », lui dit-elle en lui embrassant la main d’un geste courtois. Quel personnage bizarre ! Il faudrait l’informer que l’on est au 21e siècle ! Tout ça parce qu’elle lui avait prêté de la monnaie pour utiliser la laverie. Je m’approche et nous discutons avec deux autres résidentes de la maison. Le hall d’entrée comme lieu des rencontres les plus anodines, et les plus belles aussi. Notre discussion se poursuit au sous-sol, dans une grande salle quasiment vide, meublée d’un piano, d’une table de ping-pong, de quelques chaises. Drôle de mélange. Nous tenons compagnie à l’une des résidentes pendant qu’elle fait sa lessive. Je suis intriguée par ce garçon qui fait des blagues sur le prix des battes, qui doit être en train d’exploser sur internet, à cause des émeutes en Angleterre et qui n’a pas peur de monter dans les décibels lorsqu’il s’esclaffe de son rire contagieux.

« - Tu habites ici ?

  • Non, je fais un stage à Barcelone.
  • Ça se voit, » dit-il, faisant allusion de manière impressionnée à mon teint hâlé.

Il est vrai que je détonne par rapport à ces parisiens qui ne connaissaient que pluie et  grisaille quelques jours plus tôt. Il me demande si Paris me plaît. Bien sûr ! Je n’attendais que ça pour me lancer dans le récit de mes découvertes. Niki de Saint Phalle au centre Pompidou, ma sieste l’après-midi sur l’herbe de la place des Vosges, baignée par la lumière du soleil couchant. Ses yeux brillent d’un sourire malin.

« - Tu n’as pas visité Montmartre ? »

Non, je n’ai pas visité Montmartre. Si tu veux, je t’y emmène.

Je demande aux autres s’ils veulent nous rejoindre, mais ils préfèrent rester chez eux. Tant mieux. Ce n’est qu’en prenant le dernier métro que je réalise l’heure qu’il est. Une heure du matin passée ! Les rames vides nous accueillent, et nous avançons de l’une à l’autre comme si le train nous appartenait.

La nuit passe vite, animée par un verre dans un bar de la place de Clichy, une course sur les marches de Montmartre et le temps passé à parler en surplombant Paris du haut de la butte. Nous finissons par traverser le parc pour rentrer. Ce parc que j’ai maintes fois parcouru depuis. Ce soir-là, le ciel est dégagé, on peut voir les étoiles scintiller au-dessus de la grande pelouse centrale de la Cité Universitaire. On peut même voir la lune, chose rare dans cette ville comme je pus m’en rendre compte plus tard. Nous n’osons pas nous tenir la main, c’est trop tôt. Et lorsqu’il me dépose devant la porte du bâtiment des filles, je me dérobe en feignant l’empressement parce qu’il se fait tard.

Sans se poser trop de questions, les jours s’enchaînent, insouciants. Les soirées passées sur la pelouse de la Cité U, une guitare, un groupe d’amis, des chansons plein la tête. Les journées passées dans le parc Montsouris et les quartiers voisins, ensoleillés et trop courts.

Avant de partir, je lui dis que j’aimerais bien emporter un rectangle de pelouse avec moi, pour m’y allonger et regarder le ciel dès que j’en ai envie. A Beyrouth, il n’y a pas beaucoup de parcs publics.

Lorsque je prends l’avion à la fin de mon séjour, je ne pense pas que je le reverrai. Une rencontre spéciale mais rien de plus, j’en garderai un très bon souvenir me disais-je. Aujourd’hui, quelque quatre années plus tard, cette personne fait encore partie de ma vie. Et la Cité Universitaire, j’y suis retournée, mais cette fois en tant que résidente, quelques mois plus tard. Je me surprends quelque fois à repenser à ces moments précieusement gardés dans un coin de ma mémoire. Et à me demander combien de personnes auraient été réunies par le hasard dans cet endroit ? Dix, cent ? Dans d’autres circonstances, nous ne nous serions peut-être pas rencontrés, ou en tout cas, pas de manière aussi foudroyante. Il est des lieux qui gardent en nous une trace profonde.

Comme je l’ai dit auparavant, ce n’est pas une histoire spectaculaire, c’est juste une histoire vraie. L’histoire de ma drôle de rencontre dans un hall d’entrée sombre, un soir d’août, à la Cité Universitaire de Paris…


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