[FR] La photographie et la quarantaine | par Perla Ibarra*, alumna de la Maison du Mexique 2016

Jul 08, 2020

Traduit en français par Luminita SANDU, alumna de la Fondation Victor Lyon 2010 

Cliquez ici pour lire la version originale en espagnol

 

Je travaille depuis dix ans en tant qu’artiste et historienne de l’art sur des thèmes photographiques. En raison de la pandémie du Covid-19 mon activité professionnelle a été affectée et cela m’a poussée à explorer de nouvelles perspectives dans mon travail et à réfléchir sur le travail de mes collègues et amis photographes, dont la majorité vit à Mexique et quelques-uns à l’étranger. Je me suis demandée comment la situation sanitaire les a affectés et je me suis donnée la tâche de les contacter pour en savoir plus. Le fait de rester confiné a généré chez mes amis de nouvelles formes d’expression, avec de nouvelles possibilités de manifestation. Par exemple Víctor Manuel Rodríguez “Ewan Boyle”, caméraman, éditeur et photographe qui explique : « Les entreprises dédiées aux évènements sociaux ont mis en pause leur activité, car cela n’était pas considérée comme une mission essentielle. Beaucoup d’évènements programmés des mois à l’avance ont été annulés, ainsi que certains projets audiovisuels qui étaient en phase de développement pour la télévision locale. » Néanmoins, Boyle qui vit dans la ville de Puebla, n’a pas cessé de prendre des clichés. « Il y a deux semaines, en causant avec mon fils aîné, je lui fais part de mon intérêt à chercher des endroits intéressants dans le patio pour prendre en photo ses jouets Lego. Il a été très enthousiaste et c’est ainsi que nous avons créé une série de photos où nous composons des ambiances avec ces figurines en plastique.»

Foto: Ewan Boyle. Puebla, México.
Photo: Ewan Boyle. Puebla, México.

La série photographique de Boyle, qu’il a construite avec son fils, me paraît intéressante parce qu’elle naît comme une conséquence directe du confinement, de même que « Virus de Amor », le projet d'Astrid Rodríguez, photographe qui vit au sud du pays à Tapachula, Chiapas. Astrid a démarré son projet au début du confinement au Mexique. Depuis, son compte Instagram s’est transformé en une collection de portraits, d'autoportraits et de vidéos des personnes avec qui elle maintient un lien familial ou amical et qui vivent dans différents coins du pays et du monde. Astrid publie en temps réel, au fur et à mesure qu’elle réalise les vidéos et les portraits. « Il s’agit d’un acte de conscience envers l’autrui, de savoir comment ils se trouvent et quelles sont leurs réflexions sur cette pandémie qui a mis en pause l’humanité entière ».

Photo: Astrid Rodríguez. Tapachula, Chiapas, México.

De son côté, David Córdova, photojournaliste à NurPhoto Agency, qui réside actuellement à Paris, m’a expliqué comment l’arrivée de ce nouveau virus a marqué sa manière de travailler pendant l’isolement, principalement en raison de son contact permanent avec les gens et la rue : « A cause de cette situation je parviens à documenter mon propre confinement, en devenant sujet et témoin des faits, depuis chez moi ».

Photo: David Córdova. París, Francia.

Si d’un côté la quarantaine a inspiré le développement de nouveaux projets créatifs, d’un autre côté elle a mis en pause de nombreuses d’activités de la vie quotidienne des photographes. Pour Roberto Villalpando, photographe avec plus de 28 ans d’expérience et installé, juste avant la pandémie, à Las Vegas, Nevada, la crise a suspendu les affaires dans le domaine de la photographie, au point où il a dû prendre un travail dans un supermarché pour sauver ses économies. Cependant, depuis peu, les activités reprennent aux Etats-Unis et Roberto espère que dans une semaine il pourra reprendre son travail de photographe : il a déjà contracté une séance photo prénatale et une séance pour une fête de cérémonie de remise de diplômes. Au nord du Mexico, dans la ville de Juárez, José Manuel Mireles, photographe depuis 14 ans et animateur d’ateliers, témoigne que cela a été très compliqué car « même si les élèves utilisent des tutoriels pour l’école ou pour la vie quotidienne, on ne sait pas pour quelle raison les cours virtuels de photo n'intéressent pas ». Quand bien même que nous vivons dans un monde où l’intercommunication et le numérique sont indispensables, le processus photographique analogique perdure et survit comme moyen d’expression artistique depuis plusieurs dizaines d’années. « Dans mon atelier de photographie, les cours ont été complétement arrêtés, les substances chimiques manquent et, depuis que la frontière avec les Etats-Unis a fermé, je ne peux plus rien acheter ».

Aglae Cortés, installée dans la ville de Mexico, confirme les propos de Mireles : « Je donne des cours de photographie et tous les thèmes ne peuvent pas être abordés d’une manière virtuelle (…). C’est une bonne chose que certaines écoles et cours soient passés sur des plateformes numériques, néanmoins tous les travaux et formes éducatives ne peuvent être enseignés de cette manière. » L’éducation photographique est un thème complexe dans cette situation de crise, puisque l’enseignement d’un savoir si pratique comme la photographie demeure compliqué. Il est tant difficile pour Aglae de donner ses cours que de vendre des clichés pour la gallerie en ligne Sensapic, qu’elle a créée en 2019 avec une amie.

Dans la ville de Querétaro, la photographe Julisa Álvarez a vécu la même situation dans son studio de photographie, Carretero Laboratorio de Arte, où les ateliers ont été suspendus. Cependant, elle raconte qu’il y a eu des choses positives pendant cette pause, car elle a pu actualiser le contenu de son site internet et lancer une série d’œuvres céramiques qui seront bientôt en vente, car en plus d’être photographe, elle est aussi céramiste.

Photo: Julisa Álvarez. Carretero Laboratorio de Arte. Querétaro, México.

 

Otra característica muy notoria durante este periodo de cuarentena es la oferta cultural que se creó; videoconferencias, charlas y múltiples talleres en línea, con ello las distancias geográficas se redujeron totalmente. Diana Avilés, fotógrafa que vive en Hidalgo, también en la zona centro de México dijo que en este periodo de contingencia encontró muchos contras, pero también encontró ventajas como el destinar tiempo para su trabajo personal, “por ejemplo tuve tiempo para tomar el taller ‘El acto de creación como resistencia’ que ofreció el Centro de las Artes de San Agustín en la ciudad de Oaxaca” que se encuentra en el sur del país.

El sentimiento de temor e incertidumbre generalizado a enfermar por un virus desconocido, también ha propiciado que se realicen proyectos en colectivo para documentar nuestro contexto actual y la sensibilidad de nuestra época, Carmen Sánchez “Photocar”, quién realiza fotografía documental y vive en Cholula, se alegró mucho al saber que una de sus fotografías fue seleccionada entre más de 4 mil imágenes que fueron enviadas para formar parte del proyecto llamado “Coronalibro”.

Definitivamente el impacto directo de esta pandemia a nuestra vida social nos hace replantearnos cómo será de hoy en adelante nuestra convivencia diaria. Para Adriana Ávila, fotógrafa de conciertos que vive y trabaja en la ciudad de Toronto en Canadá desde hace varios años, la pandemia afectó su trabajo dentro del sector de entretenimiento en general y “por supuesto al área de los conciertos en vivo, que eran la fuente de trabajo para muchos colegas, ingenieros de sonido y por supuesto los músicos”, afirmó. “Ahora lo que ha estado resultando es el drive in concert, en el cual la gente acude a un concierto en su coche respetando las distancias”.

 

Une autre caractéristique très manifeste de cette période de quarantaine est le développement de l’offre culturelle : des vidéoconférences, des réunions et de multiples ateliers en ligne, qui ont réussi à réduire les distances géographiques. Diana Avilés, photographe qui vit à Hidalgo, au centre du Mexique, raconte ses obstacles, mais aussi les avantages de cette crise : le fait d’accorder plus de temps à son travail personnel, comme par exemple participer à l’atelier « L’acte de création comme résistance » donné par le Centre des Arts de Sant Augustin dans la ville d’Oaxaca, au sud du pays.

Les sentiments de peur et d’incertitude généralisés en raison d’un virus inconnu ont finalement facilité la réalisation de projets collectifs pour documenter le contexte actuel et la sensibilité de notre époque, affirme Carmen Sánchez “Photocar”, qui réalise des photographies documentaires et qui vit à Cholula. Elle a reçu avec beaucoup de joie la nouvelle de la sélection d’une de ses photographies, parmi plus de 4 milles images qui ont été envoyées pour faire partie du projet « Coronalivre ».

En définitive, l’impact direct de cette pandémie sur notre vie sociale nous demande à nous pencher sur notre vivre-ensemble à partir d’aujourd’hui. Pour Adriana Ávila, photographe de concerts qui vit et travaille à Toronto, Canada depuis plusieurs années, la pandémie a affecté le secteur du divertissement en général et « bien entendu, la branche des concerts live, qui étaient le gain pain de nombreux collègues, des ingénieurs de son et des musiciens ». « Ccette crise a fait émerger le concert en drive, où les spectateurs assistent depuis leur voiture, en respectant la distanciation sociale. »

     Photo: Diana Avilés, Hidalgo, México.

 

Para muchos fotógrafos la experiencia de salir a hacer tomas fotográficas en el exterior es esencial. Adrián Mendieta, quien tiene más de cuarenta años de experiencia como fotógrafo y maestro investigador de la Universidad Veracruzana, asegura que “extraña la posibilidad de ir a otros lugares y registrar el paisaje en sus distintas condiciones de luz” ya que gran parte de su obra retrata la naturaleza. Situación similar ocurre con José Manuel Ochoa, fotógrafo e investigador titular en el Departamento de Arquitectura y Diseño de la Universidad de Sonora, quien por su trabajo viaja constantemente, relató que sus “proyectos personales fueron los más afectados, ya que involucraban viajes que definitivamente fueron cancelados”.

Así como en muchos sectores el coronavirus ha causado una gran taza de desempleo, la fotografía no ha estado exenta de ser gravemente afectada, los fotógrafos carecen de la seguridad de empleo y han tenido que encontrar nuevas alternativas para sostenerse económicamente. Rocío Lomelí, quien trabaja fotografía de autor y comercial en Guadalajara comenta que los trabajos que ya tenía programados se cancelaron y tuvo que empezar a vender caretas protectoras y tapetes desinfectantes, “tuve que diversificarme para poder salir adelante”. Por otro lado, su trabajo se vio favorecido ya que la temporada dentro de casa le dio “mucha luz creativa este tiempo”, aseguró.  Caso similar es el de Manuel Barrero, quien ha trabajado como fotoperiodista, para agencias de fotografía vacacional y deportivas en distintas partes del país, y que debido a la pandemia su trabajo se ha quedado en pausa, aunque afirma que ha encontrado otro tipo de alternativas a su economía: “ahora estoy invirtiendo mi tiempo en un proyecto de huerto urbano aquí en mi edificio con mis vecinos”.

 El covid-19 (coronavirus) llegó para trastocar nuestro mundo, nuestra vida, nuestras costumbres, nuestros empleos y nuestras relaciones a nivel local y mundial, sin embargo, después de conocer estos testimonios concluyo que a pesar de las adversidades, como seres humanos, siempre encontramos alternativas para vivir. Esto es justo lo que más admiro de la humanidad, su capacidad de adaptación y resiliencia, así como de convertir los obstáculos y problemas, en oportunidades.

 

Pour beaucoup de photographes, l’expérience de sortir et de prendre des clichés dehors est essentielle. Adrián Mendieta, qui a plus de 40 ans d’expérience en tant que photographe et chercheur à l’Université de Veracruz, témoigne que « la possibilité de sortir dans d’autres endroits, pour photographier le paysage, dans différentes conditions de lumière lui manque », étant donné que la grande partie de son œuvre consiste à représenter la nature. On trouve une situation similaire chez José Manuel Ochoa, photographe et chercheur au Département d’Architecture et de Design à l’Université de Sonora, qui voyage régulièrement en raison de son travail et qui déclare que « les projets personnels ont été les plus affectés, car ils impliquaient des voyages qui ont été annulés ».

De la même manière que le Covid 19 a affecté beaucoup de secteurs où le taux de chômage a grimpé, le domaine de la photographie n’a pas été épargné : la sécurité du travail n’est pas acquise et les photographes ont dû  trouver des alternatives pour se soutenir financièrement. Rocío Lomelí, photographe d’auteur et commercial à Guadalajara, indique que les activités programmées ont été annulées et qu’elle a dûcommencer à vendre des visières de protection et des tapis désinfectants pour s’en sortir. D’un autre côté, elle affirme que son travail de photographe a été favorisé, car la quarantaine lui a donné « de la lumière créative ». On trouve le même cas chez Manuel Barero, qui a travaillé en tant que photojournaliste pour des agences de photo de vacances et de sport dans différents coins du pays. En raison de la pandémie, il a dû rester confiné mais il a trouvé des alternatives économiques : « Maintenant je m’investis dans un projet de  jardin partagé dans mon immeuble, avec mes voisins ».

Le Covid-19 est arrivé pour bouleverser notre monde, nos vies, nos habitudes, notre travail et nos relations au niveau local et mondial. Néanmoins, depuis que j’ai entendu ces témoignages, je pense que, malgré les adversités, les êtres humains trouveront toujours des alternatives pour vivre et survivre. C’est bien cela que j’admire le plus dans l’humanité, sa capacité de s’adapter et sa résilience, ainsi que la façon de convertir les obstacles et les problèmes en opportunités.

 

*Perla Ibarra, photographe et historienne de l’art. Ancienne résidente de la Maison du Mexique en 2016, elle vit et travaille actuellement au Mexique.

Liens des photgraphes cités :

  1. Víctor Manuel Rodríguez “Ewan Boyle”. Instagram: @cafeconcine /  www.pinterest.com.mx/ewanboylefoto
  2. Astrid Rodríguez. Instagram: @azzrodriguez
  3. David Córdova. Instagram: @david.a.cordova.m
  4. Roberto Villalpando. Instagram: @robertvillalpando
  5. José Manuel Mireles. Instagram: @josemanuel_mrs
  6. Aglae Cortés. Instragram: @aglaecorteszazueta / @sensapic
  7. Julisa Álvarez. Instragram: @julisaalvarezfoto / @el.carretero
  8. Diana Avilés. Instagram: @vagusstoff
  9. Carmen Sánchez. Instragram: @photo_carmensanchez
  10. Adriana Ávila. Instagram: @adriavilll
  11. Adrián Mendieta. Facebook: www.facebook.com/adrian.mendieta.79
  12. José Manuel Ochoa. Instagram: @arqjmochoa
  13. Rocío Lomelí. Instagram: @rociokodama / @fronteragaleriaurbana
  14. Manuel Barrero. @manuel.barrero.leija / @cruncherman

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